L'Orient et l'Occident conciliés

Née en 1937 en Corée, Bang Haija est la fille d'un père et d'une mère, tous deux instituteurs. Elle est la deuxième de leurs sept enfants. Sa mère apprenait à ses élèves dans un jardin fleuri à chanter et danser. Son grand-père était peintre et calligraphe ; pendant l'hiver, il fabriquait, avec du papier, des orchidées et les accrochait dans sa chambre. Dans son entourage, un de ses cousins est poète et, très jeune, Bang Haija calligraphie ses poèmes. Elle continue d'ailleurs toujours à le faire aujourd'hui.

En Corée, elle regarde la lumière qui caresse l'eau, le soleil, les étoiles, les pierres dans la transparence d'une rivière. Jusqu'en 1961, elle étudie la littérature française, les textes de l'Orient, la peinture. Elle reçoit une tradition coréenne de calligraphie ; et déjà, en Corée, elle se passionne pour les techniques occidentales (la peinture à l'huile sur toile ou sur bois) et l'aventure de l'abstraction.

En 1961, Bang Haija part à Paris. Elle veut aller plus loin et parvenir au fond d'elle-même. Elle étudie la peinture à l'huile, la fresque, la gravure, l'icône, le vitrail. Libre, elle visite les musées, les galeries, les ateliers ; elle regarde la ville et la nature. Elle voit les toiles de Nicolas de Staël, Véra Szekely, Vieira Da Silva, Léon Zack… Elle retrouve, par la France, les couleurs et l'atmosphère, le ciel de sa Corée essentielle. Étrangère, voyageuse, elle se révèle à elle-même… Le critique d'art Pierre Couthion découvre son travail, il ne cessera dès lors de s'intéresser à son œuvre. À partir de là, elle peut travailler en Europe, en Corée. Elle expose ses œuvres à Séoul, dans de nombreuses expositions en France et à l'étranger. Elle a créé également des décors et des costumes au théâtre.

À Paris, elle ne sent pas en exil. Elle y vit et peint en coréenne cultivée, passionnée par les rencontres de l'Orient et de l'Orient. Sa situation et ses désirs sont peut-être comparables à ceux du peintre Zao Woo-Ki, peintre chinois et européen disant que Cézanne l’a aidé à se retrouver peintre chinois. Déjà, dans le choix de ses matériaux, elle allie les matières d’Orient et celle d’Occident : les papiers coréens, la terre ocre de Provence, les branches et racines qu’elle trouve au bord de la Marne et qu’elle utilise pour ses sculptures… Il lui arrive de mêler l’acrylique à des pigments naturels venus de Corée. Son papier est fabriqué de manière traditionnelle par des moniales bouddhistes, à partir du mûrier.

Bang Haija désire que sa peinture soit attentive aux souffles de l’univers. “Ce qui est essentiel à la forme, c’est le souffle" (Wang Wei) qui signifie aussi qu’en peinture, la forme est nécessaire pour que le souffle se manifeste : la forme, ou plus exactement un certain type de forme, une forme hantée par le vide. Un des critique d'art évoque, lorsqu’il étudie le travail de Bang Haija, “la respiration douce et calme qui s’exprime dans ses tableaux.”

"Peindre est un moyen de se révéler à soi-même et de tendre vers la sagesse. Cette aventure –là est vécue depuis des siècles et des siècles par les artistes authentiques soucieux de vie spirituelle. Ce besoin de peindre qui habite Bang Haija lui impose de nourrir en permanence la source intérieure qui alimente sa création. Car lorqu’elle est hors de son atelier, elle maintien sa vigilance, continue d’être en état occupée par ce qu’elle poursuit. En peignant, elle active sa réalité interne, intensifie son rapport au monde."
Charles Juliet